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30/10/2009

Histoire secrète du patronat

 

Benoît Collombat et David Servenay
Histoire secrète du patronatde 1945 à nos jours
Paris, La Découverte, 2009

 

Cet ouvrage considérable, de 687 pages, publié sous la direction de Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, et de David Servenay, avec le concours de plusieurs de leurs collègues journalistes tente un pari difficile : comprendre — et souvent juger — cette grande force économique, financière, sociale, politique qu'est le patronat français d'aujourd'hui. Un tel sujet, qui n'avait jamais fait l'objet d'une synthèse aussi détaillée, mérite quelques réflexions, même rapides.

Il faut d'abord noter la portée historique de cet effort, puisque les principaux aspects du patronat sont analysés dans le livre depuis la Libération jusqu'à la période actuelle, soit pendant deux Républiques, d'innombrables gouvernements, des majorités politiques changeantes, avec la volonté constante d'épouser le rythme de ces mutations : la reconstruction du «système» patronal jusqu'en 1958 ; l'«émergence sauvage" du capitalisme français jusqu'en 1968 ; le «socialisme patronal» jusqu'en 1987 ; l'arrivée de la mondialisation de 1988 à 1997 ; et, enfin, ce que les auteurs appellent «l'ère des tueurs»...

Cette volonté non seulement de survoler mais d'analyser, parfois en profondeur, ce patronat a conduit les auteurs à multiplier les monographies sur tel ou tel aspect de la politique patronale et sur la personnalité des patrons eux-mêmes. Ce qui nous vaut une galerie, parfois pittoresque, des grands patrons qui ont marqué la période : Dassault, Floirat, Bouygues, Bébéar, Lagardère, et beaucoup d'autres.. Mais ces études, souvent fouillies, parfois brèves, n'ignorent jamais le contexte dans lequel s'est située l'action du patronat français, depuis l'affaire de la Cagoule en 1937 jusqu'à «l'offensive des groupes privés à l'assaut des services publics» d'aujourd'hui, en passant par l'œuvre occulte de rescapés de la collaboration comme Georges Albertini, les nombreuses harmoniques de l'affaire Lip ou les entreprises hasardeuses de Bernard Tapie.

Chaque fois, ces analyses sont accompagnées d'une bibliographie «pour en savoir plus», afin de permettre des recherches ultérieures.

C'est dire le sérieux de cette tentative, dont les résultats sont évidemment inégaux, compte tenu de la diversité des sujets et des difficultés d'accès à certaines sources. Qu'en conclure ?

Même si le regard d'ensemble est critique et «l'instruction" des affaires patronales le plus souvent à charge, quelques constatations objectives ressortent de ce vaste examen : la puissance patronale demeure forte quelle que soit la conjoncture économique, sociale ou politique ; la grande majorité du patronat reste attachée au libéralisme économique, qu'il s'exprime sous la forme du capitalisme «rhénan» ou purement financier ; le poids des lobbies avec leur prolongement bruxellois d'aujourd'hui, n'a pas diminué malgré l'effort de restauration de l'État entrepris après 1958.

Ce qui nous permet de poser avec plus d'insistance un des problèmes-clé de notre avenir : est-il encore possible, sera-t-il demain possible de maintenir l'arbitrage de l'intérêt général dans la vie de la nation ? La partie n'est pas gagnée.

Publié dans Publications | 23:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

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