Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/03/2008

La Lettre d'ARGOS, numéro 52, mars-avril 2008

ARGOS 52

Télécharger (PDF)

13/03/2008

Le nouveau XXIe siècle

 

Jacques Sapir
Le nouveau XXIe siècle
Paris, Le Seuil, 2008

 

M. Jacques Sapir, économiste fort pointu, professeur à l'École de Moscou mais, aussi, bon connaisseur des analyses des auteurs américains sur l'économie internationale, observateur attentif de la vie politique du pays, avait beaucoup de titres pour nous donner une étude dense et neuve sur les perspectives du XXIe siècle : Du siècle américain au retour des nations. Nous en présenterons les principales conclusions.

M. Sapir constate, tout d'abord, que l'ordre économique et politique développé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans l'esprit d'un libéralisme sans frontières, par et pour l'affirmation de la puissance américaine, a été rompu, avant même l'attentat du 11 septembre 2001, par la crise financière internationale de 1997 à 1999. Les États-Unis et les institutions qui leur étaient dévouées, du FMI à la Banque mondiale, se sont, en effet, révélés incapables de la maîtriser vraiment, puisque leur pouvoir a été vivement contesté, notamment dans les manifestations de masse de Seatle contre l'Organisation mondiale du Commerce, tandis qu'au tournant du siècle, la Russie émergeait de l'abîme et que la Chine amorçait son grand retour. C'est dans ce contexte que, selon M. Sapir, les Américains ont cherché à reprendre la main, avec ou sans l'OTAN, dans les opérations guerrières du Kosovo, de l'Afghanistan, de l'Irak : mais on sait qu'elles ont mal tourné, dans les deux derniers cas surtout, pour aboutir à de sanglantes impasses. C'est pourquoi, aux yeux de l'auteur, le «nouveau XXIe siècle» qui aurait dû être celui du triomphe américain, s'est ouvert sur de larges incertitudes où, non seulement la Chine et la Russie mais aussi les grandes puissances émergentes et les nations européennes, dont la France, pourraient trouver l'occasion de jouer un jeu original et actif : celui de sujet et non plus d'objet de l'histoire à venir ; celui d'authentiques partenaires dans un monde redevenu multipolaire.

Cette volonté de M. Sapir de «penser le futur» dans une vision à la fois ample et précise, se fonde sur une démonstration serrée et exigeante, qui se démarque très vite de celle d'Hubert Védrine – dont nous avions, dans ces colonnes noté tout l'intérêt –, tant dans sa méthode que dans ses conclusions. M. Sapir va, en effet, beaucoup plus loin que l'ancien ministre des Affaires étrangères dans la mise en cause de la pensée unique sur les formes et les conséquences de la mondialisation libérale et les comportements, défensifs et offensifs, des États-Unis : car ceux-ci ont désormais affaire avec le redressement inattendu de la Russie de Vladimir Poutine et la montée en puissance du «compétiteur global» que devient la Chine.
Quelles conséquences Jacques Sapir tire-t-il, pour la France, de cette situation nouvelle ? C'est, essentiellement, que le pays, longtemps paralysé par des analyses obsolètes qui ont conduit ses gouvernants à l'immobilisme, doit reprendre l'initiative s'il ne veut pas se déliter dans la médiocrité, en demeurant dans la logique libre-échangiste doublée d'une politique sociale compassionnelle, «fonds de commerce commun de Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou». Pour en sortir, l'auteur ne croit pas au cadre fourni par l'Europe des Vingt-Sept, ni même au traité «simplifié», tant que demeurera la dictature de la BCE. En revanche, il pense qu'il est possible de développer, à court et moyen terme, des coopérations spécialisées, par groupes de pays, comme celles qui ont permis la naissance d'Ariane et d'EADS : le «couple franco allemand, progressivement étendu à une alliance avec la Russie» pourrait donner l'impulsion nécessaire à cette relance. De telles stratégies n'étant évidemment concevables, pour M. Sapir, que si elles s'articulent sur «ce retour de l'État-nation qui se manifeste partout autour de nous».

Les «élites européennes», les élites françaises, vont-elles comprendre la nouvelle donne qui s'esquisse au seuil du XXIe siècle à construire ? L'avenir reste incertain, mais nous partageons, pour notre part, le questionnement de l'auteur, en souhaitant que les réponses qui lui seront apportées soient proches de ce qu'il espère.

Publié dans Publications | 23:55 | Lien permanent | Commentaires (0)