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09/10/2007

Jacques Chaban-Delmas en politique

 

Jacques Chaban-Delmas en politique
Actes du colloque de Bordeaux du 18 au 20 mai 2006
Presses Universitaires de France, 2007

 

L'important ouvrage qui vient de retracer, sur près de 500 pages, le déroulement du «Colloque Chaban» que nous avions évoqué à plusieurs reprises dans ces colonnes mérite d'être particulièrement signalé. Et pas seulement parce que ce colloque est né de la volonté de Pierre Pascal et de Jean Charbonnel de rompre un injuste silence sur Jacques Chaban-Delmas, mais aussi et surtout parce qu'il a bénéficié, pour sa réalisation, de conditions tout à fait remarquables.

Et, d'abord, de la prise en charge du projet par une équipe universitaire de premier plan, conduite par MM. Lachaise, Le Béguec et Sirinelli. Avec eux, des enseignants et des chercheurs de qualité, provenant d'établissements de différentes origines – même si la part de la brillante école de Bordeaux y fut, naturellement, insigne – ont analysé sans complaisance, avec l'objectivité de la science, les principaux aspects et épisodes de la personnalité et de la carrière d'un homme politique hors du commun. Ces communications ont été appuyées par un nombre conséquent de témoignages qui ont, plus d'une fois, apporté des éclairages inattendus sur Jacques Chaban-Delmas : il est d'autant plus regrettable que certains, comme ceux de Simon Nora et de Jacques Baumel, n'aient pu intervenir, en raison du décès de leurs auteurs. Ce qui souligne encore l'urgence qu'il y avait à tenir ce colloque.

Nous ne pouvons, évidemment, retracer dans le détail le contenu des quelques trente interventions qui se sont succédées pendant deux jours et demi, devant un public qui n'a cessé d'être dense. Nous n'en retiendrons que trois traits qui nous paraissent majeurs.

C'est, en premier lieu, que le personnage de Chaban, avec le recul du temps et à la lumière des précisions apportées par l'Histoire, apparaît vraiment exceptionnel dans le cours de nos Républiques : la longueur de sa carrière, depuis la Résistance jusqu'aux palais nationaux, le niveau de ses responsabilités, la variété des charges qu'il a assumées, les chances qu'il a su saisir, l'intérêt des thèmes qu'il a développés, ont été sans précédent et ne semblent pas devoir se présenter à nouveau, avant longtemps : combien pèsent peu, en face de ce bilan, les reproches qui lui ont été faits d'inconstance et de légèreté !

C'est, ensuite, que le cœur du «système» de Chaban, qu'il l'ait appliqué dans la direction du modeste groupe des Républicains sociaux, à la présidence de l'Assemblée nationale, dans son ministère de la «Nouvelle Société» ou dans la gouvernance de Bordeaux et de l'Aquitaine, a été, quoi qu'on en ait dit, d'une totale homogénéité : ouverture aux autres, générosité dans l'inspiration, rapidité dans l'exécution, mais, toujours, fidélité à une certaine idée de la France, incarnée, à ses yeux, par le général de Gaulle.

C'est, enfin, que l'échec de sa candidature aux élections présidentielles de 1974, préparé par ses incompréhensions avec Georges Pompidou et ses propres maladresses, et achevé par les trahisons dont il a alors été victime, a représenté une formidable occasion perdue pour la France, ballottée, après lui, d'un excès à l'autre, ainsi que pour le gaullisme, désormais privé du souffle modernisateur dont il avait tant besoin. On ne le répètera jamais assez.

Publié dans Publications | 23:55 | Lien permanent | Commentaires (0)