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23/11/2006

La religion gaulliste

 

Gaetano Quagliariello
La religion gaulliste
Paris, Perrin, 2007

 

Nous avons trouvé un réel intérêt au livre de M. Quagliariello.

D'abord, parce qu'il s'agit d'un regard italien, ce qui est rare, sur le général de Gaulle et le gaullisme. D'autant qu'aux analyses personnelles que l'auteur – universitaire reconnu, aujourd'hui sénateur de Rome – a ainsi effectuées sur ce grand sujet s'ajoute le rappel des jugements émis entre 1945 et 1969 par les diplomates italiens en poste en France, dont il a eu connaissance. Cet éclairage, que M. Quagliariello avait déjà esquissé dans une communication présentée en 1997 à un colloque sur le RPF, est évidemment précieux parce qu'il témoigne de la curiosité, pas toujours bienveillante, de nos voisins à l'égard de l'entreprise du Général : en tout cas, la lucidité et la finesse n'ont cessé d'être au rendez-vous de ces appréciations, ce qui ne saurait étonner chez les représentants d'un pays qui a inventé la diplomatie !

Ensuite, parce que cet ouvrage de 600 pages, dont près d'une centaine de notes et de références, représente un travail de qualité, en dépit de quelques confusions de noms et scories d'impression qu'un éditeur plus attentif aurait pu éviter... Mais, si l'on va à l'essentiel, l'ambition de l'auteur apparaît clairement : elle était de retrouver, pendant les 30 ans de la vie publique du général de Gaulle, les origines et les formes du charisme extraordinaire que l'homme du 18 juin a exercé sur le peuple français, et sur quelques autres aussi. Le chercheur italien y est-il parvenu ?

Oui, dans la mesure où il nous présente nombre de réflexions pertinentes sur la naissance du mythe gaullien, sur sa «liturgie», sur ses actes fondateurs lors des grandes crises nationales, mais aussi sur ses limites, ses difficultés, ses échecs. Dans cette longue histoire narrée avec précision et parfois minutie, certains aspects et plusieurs moments du gaullisme ont été scrutés avec un soin particulier : il en est ainsi des relations toujours tendues du Général avec les partis politiques, même ceux qui le soutenaient ; de ses rapports, compliqués, avec Pierre Mendès France ; de l'aventure, trop méconnue et pourtant significative, des Républicains sociaux ; de l'accouchement des institutions de la Ve République, du discours de Bayeux au référendum de 1962 ; et, bien entendu, des épisodes majeurs du retour au pouvoir de 1958 et du mouvement étudiant et ouvrier de 1968. Sans oublier le sens profond de «la gestion du silence» pendant la traversée du désert, auquel De Gaulle s'était astreint.

On regrettera, toutefois, quelques interprétations qui nous semblent erronées, peut-être en raison de la complexité et du caractère paradoxal des faits. Ainsi, si le chef du gouvernement provisoire de 1945, si désireux pourtant d'associer la famille socialiste à son pouvoir, ne s'est pas «engouffré dans la brèche ouverte» par la forte personnalité de Pierre Brossolette, ce n'est pas faute d'une «vraie stratégie gaulliste» à l'égard de la SFIO reconstituée, mais parce que les considérations partisanes l'avaient à nouveau emporté, après la fin de la guerre, chez Léon Blum et André Philip. Il n'est pas sûr, non plus, que Gaetano Quagliariello ait totalement perçu la portée de la politique extérieure conduite par le général de Gaulle, qui ne fut pas seulement une course hautaine vers la «grandeur» perdue. Et surtout, nous ne pensons pas que la source vive du charisme gaullien – mot que nous préférons à celui de «religion» – apparaisse complètement dans ces analyses : c'est-à-dire cet alliage inouï, au coeur des crises françaises du XXe siècle, entre une légitimité fondée sur l'Histoire et la quête inlassable du rassemblement d'hommes dispersés et souvent dressés les uns contre les autres par la défaite puis par le régime des partis.

Il est vrai qu'une telle alchimie n'était pas forcément évidente au coeur d'une vision sympathique mais naturellement distanciée des réalités de la France.

Publié dans Publications | 23:59 | Lien permanent | Commentaires (0)

01/11/2006

La Lettre d'ARGOS, numéro 45, novembre-décembre 2006

ARGOS 45

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